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Un smartphone. Un QR code. Et le vieux permis en carton qui garde, pour l’instant, toute sa valeur légale. Pendant que Bruxelles peaufine encore les contours de son futur permis de conduire numérique, la Suisse a déjà mis le sien entre les mains de ses élèves conducteurs, permis remorque BE compris. Le décalage est net.
Pourquoi toute l’Europe se presse vers le numérique
Le 22 octobre 2025, le Parlement européen adopte la directive (UE) 2025/2205 relative au permis de conduire. Elle entre en vigueur le 25 novembre suivant. Son ambition : instaurer un « permis de conduire mobile », reconnu dans toute l’Union.
Mais une directive n’est pas une loi d’application immédiate. Chaque État membre dispose jusqu’au 26 novembre 2028 pour la transposer dans son droit national, avec une application effective fixée au 26 novembre 2029. Et ce n’est pas tout : le texte prévoit que le format mobile ne devienne le format par défaut que 54 mois après l’adoption du premier acte d’exécution technique, un acte qui reste à publier. Autrement dit, l’échéance réelle pourrait dépasser 2029.
Le Royaume-Uni, de son côté, avance avec prudence. Selon le rapport annuel 2025-2026 de la DVLA, le pilote du permis numérique y est resté limité, jusqu’ici, aux employés de l’agence et à leurs proches. Un déploiement plus large est annoncé pour la suite de l’année, sans date confirmée à ce stade.
Bruxelles légifère. Londres teste en interne. La Confédération, elle, a déjà mis un dispositif comparable entre les mains du grand public depuis plus d’un an.
La Suisse a déjà ouvert le dossier au public : l’ePEC généralisé depuis fin 2025
Tout commence discrètement en mai 2024, avec un projet pilote lancé dans le seul canton d’Appenzell Rhodes-Extérieures. Le permis d’élève conducteur électronique, l’ePEC, y est testé grandeur nature.
Le 8 septembre 2025, changement d’échelle. Lors d’une conférence de presse tenue à Boudevilliers, dans le canton de Neuchâtel, le conseiller fédéral Beat Jans et la conseillère d’État neuchâteloise Céline Vara annoncent l’extension du dispositif à quatre nouveaux cantons : Neuchâtel, Berne, le Tessin et le Valais. Et surtout, ils fixent une échéance sans ambiguïté : une généralisation à l’ensemble du territoire suisse avant la fin de l’année 2025.
Ce chantier ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans la stratégie fédérale « Administration numérique Suisse 2024-2027 », et sert de laboratoire grandeur nature avant l’arrivée de la future identité électronique, l’e-ID, soumise au vote populaire le 28 septembre 2025.
Ce qui a concrètement changé pour l’élève conducteur suisse fin 2025 :
- le permis d’élève (PEC) existe désormais aussi sous forme électronique, l’ePEC ;
- il est stocké sur le smartphone du titulaire, pas sur un serveur central ;
- il est reconnu dans toute la Suisse ainsi qu’au Liechtenstein ;
- il couvre toutes les catégories de permis, à une exception près : le bateau et le trolleybus.
Cette dernière ligne mérite d’être soulignée. La catégorie BE, celle du permis remorque, n’y figure pas. Elle est donc bien concernée par la dématérialisation.
Ce que ça change concrètement pour un candidat au permis remorque BE
Un candidat au permis BE possède, dans l’immense majorité des cas, déjà le permis de catégorie B. Pour ces titulaires, l’examen théorique de base n’est normalement pas à repasser, puisqu’ils possèdent déjà la catégorie correspondant au véhicule tracteur. Une fois le permis d’élève BE délivré par le service cantonal, il peut, comme les autres catégories, être chargé dans l’application dédiée plutôt que de rester un simple papier cartonné.
C’est justement à Boudevilliers, dans le canton de Neuchâtel, que le dispositif ePEC a été présenté au niveau fédéral. Un symbole, pour un canton où l’offre de formation au permis remorque BE en Suisse reste bien vivante sur le terrain, indépendamment du format que prendra le futur permis d’élève. Pour le permis BE, l’essentiel se joue donc surtout dans l’apprentissage pratique, spécifique aux ensembles tracteur-remorque. Marche arrière en décrivant une courbe, mise à quai pour charger ou décharger, gestion d’un ensemble qui dépasse fréquemment les 9 mètres de long. Rien de tout cela ne se digitalise.
Swiyu, QR code : comment fonctionne l’ePEC au quotidien
Concrètement, la mécanique varie selon le profil. Pour les candidats ayant réussi l’examen théorique après le 1er juillet 2025, un lien d’activation est envoyé automatiquement par SMS depuis un numéro officiel unique (076 601 20 00), invitant à installer l’application swiyu Wallet sur iOS ou Android. Pour les autres cas, notamment les candidats dispensés de théorie parce qu’ils détiennent déjà une autre catégorie, la démarche est active : l’ePEC doit être demandé directement auprès du service cantonal des automobiles. Dans les deux cas, l’ajout au portefeuille électronique se fait ensuite via un code QR ou un lien reçu par SMS.
Lors d’une leçon de conduite ou d’un contrôle routier, plus besoin de fouiller la boîte à gants : le moniteur ou l’agent de police scanne simplement le QR code, via l’application LicenceCheck, pour vérifier la validité du document.
Un détail change tout, pourtant : nous sommes encore en phase transitoire. Le PEC papier reste pour l’instant obligatoire et fait foi. Il doit être présenté et tamponné lors de l’examen pratique, tant qu’aucune base légale ne permet la délivrance exclusive d’un document numérique. Et ce confort n’a rien d’un coût caché : le prix de l’ePEC est inclus dans celui du PEC papier, sans supplément.
Ce qui ne change pas : le poids, l’examen, la prudence
La dématérialisation transforme le support. Elle ne touche à aucune des règles de fond qui définissent le permis BE.
Le seuil n’a pas bougé, mais il est plus subtil qu’on ne le résume souvent. Avec un permis B, une remorque de 750 kg ou moins peut être tractée sans autre condition, quel que soit le poids total de l’ensemble : un véhicule de 3 000 kg attelé à une remorque de 600 kg forme un ensemble de 3 600 kg, et pourtant aucun permis BE n’est requis, la remorque restant sous le seuil de 750 kg. Dès que la remorque dépasse 750 kg, en revanche, c’est le poids total de l’ensemble qui devient déterminant : il ne doit pas excéder 3 500 kg. Un véhicule de 2 001 kg attelé à une remorque de 1 500 kg forme un ensemble de 3 501 kg. Un seul kilo au-dessus du seuil, et la catégorie B ne suffit plus.
L’examen pratique, lui, reste inchangé dans son exigence : manœuvres de précision, prise en compte du gabarit, vérifications de sécurité avant de quitter le véhicule. Sur la route, la règle générale limite les trains routiers à 80 km/h. Une dérogation permet de rouler jusqu’à 100 km/h sur autoroute et semi-autoroute, mais sous plusieurs conditions cumulatives : la remorque ne doit pas dépasser 3,5 tonnes, et le véhicule tracteur, la remorque ainsi que les pneumatiques doivent chacun être homologués pour cette vitesse.
Le format a changé. Le code de la route, lui, n’a pas bougé d’un gramme.






